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Recherches sur deux sites archéologiques de la plaine alluviale mosane : le Grognon et le Tivoli
Diagnostic et étude de reliquats d’occupations préhistoriques

À Namur, le Grognon

En 1986, Namur devint « capitale de la Wallonie ».  Dans les années qui suivirent, les grands travaux urbains se multiplièrent, menaçant les sous-sols archéologiques souvent épargnés jusqu’alors. Au confluent de la Meuse et de la Sambre, le projet d’extension du Parlement wallon dicta des fouilles de prévention. Un sondage de diagnostic fut ouvert à l’emplacement de l’ancienne place Saint-Hilaire, au centre du « Grognon ». Il révéla une quasi-continuité d’occupation du lieu de la Préhistoire à nos jours. Des restes de foyers, de la documentation lithique ou encore des ossements animaux témoignèrent de l’installation d’établissements mésolithiques. Des occupations néolithiques sont également attestées.

À Liège, le Tivoli

Dans les années 1980, des fouilles de prévention furent réalisées dans le cœur historique de Liège en prévision de l’implantation d’importantes infrastructures sous la place Saint-Lambert. Des vestiges d’occupations préhistoriques – Mésolithique récent/final et Rubané – furent découverts au nord des fondations du chœur oriental de la cathédrale gothique démolie au XVIIIe siècle. Plusieurs fois menacé de destruction totale, le sous-sol archéologique de la place fut finalement partiellement sauvé et aménagé pour accueillir le public. C’est précisément dans le cadre de cet aménagement que des interventions archéologiques furent réalisées en 2001, dans le secteur Tivoli, partiellement exploré vingt ans plus tôt. Elles donnèrent lieu à la découverte d’un bras fossile de la Légia – ruisseau torrentueux aujourd’hui canalisé – dont le comblement recelait plusieurs milliers d’artéfacts abandonnés par des populations mésolithiques et néolithiques. En particulier, sur le flanc oriental du méandre, de nombreux ossements animaux mésolithiques bien préservés furent mis au jour. Il s’agissait pour la plupart de restes de cerfs et de sangliers présentant des traces d’activités humaines variées : abattage et dépouillage des proies, cuisson de la chair, transformation en outils de certains os et bois de cervidé. Attribuée au VIe millénaire, la découverte fut assimilée à un atelier d’exploitation des ressources animales par les derniers chasseurs.

L’étude conjointe des deux gisements

L’étude réalisée par l’équipe d’In Situ porta sur le matériel préhistorique collecté durant ces deux campagnes de fouilles. Si les nombreuses similitudes entre les gisements justifièrent une appréhension conjointe des collections, une grande disparité de la connaissance des contextes sédimentaires explique l’inégalité qualitative des résultats obtenus. Les conditions de fouilles du Tivoli permirent un enregistrement adéquat de ces contextes. Par ailleurs, l’étude bénéficia des connaissances paléoenvironnementales acquises précédemment, dans le cadre du programme de recherche développé conjointement au projet de mise en valeur du sous-sol archéologique Saint-Lambert (à lien vers ce projet - page 2.2). Les conditions difficiles dans lesquelles fut mené le sauvetage archéologique du « Grognon » et la mise en œuvre de méthodes de fouilles parfois peu adaptées à l’exploration de dépôts préhistoriques sont à l’origine de la pauvreté des données relatives au paléoenvironnement.

Des résultats significatifs

Les résultats obtenus à l’issue de l’étude des deux sites furent synthétisés dans un rapport articulé en deux parties, l’une dédiée au Tivoli, l’autre au Grognon. Outre une remise en contexte des fouilles, les séquences stratigraphiques et les principales orientations méthodologiques suivies par les fouilleurs ont été décrites. Les résultats de l’analyse de la documentation mobilière qui compose les ensembles préhistoriques ont été largement exposés. Pour le Tivoli, la nature et la géomorphologie des dépôts sédimentaires, la nature et la répartition des ensembles archéologiques, l’évaluation de leur unicité et de leur intégrité ainsi que la composition typologique des industries lithiques ont fait l’objet d’une étude approfondie. Pour le Grognon, faute d’un nombre suffisant de données, ces aspects n’ont pu être qu’effleurés. Quoi qu’il en soit, l’étude comparative de ces deux sites a permis de renouveler et d’approfondir les connaissances inhérentes aux occupations préhistoriques de la plaine alluviale mosane.

De plus larges perspectives de recherche

L’étude du Grognon et du Tivoli n’avait pas pour unique ambition de mieux connaître les occupations mésolithiques et néolithiques de ces deux seuls sites. Elle s’inscrivait dans une démarche plus large visant à acquérir des informations sur les populations de la première moitié de l’Holocène implantées en vallée mosane. Il s’agit notamment de documenter les transformations économiques majeures survenues entre les peuples chasseurs et agriculteurs en étudiant les reliquats d’occupations particulièrement bien préservés dans les dépôts alluviaux, telles qu’en témoignent, pour des périodes plus anciennes, les importantes découvertes réalisées à Pincevent, en Seine-et-Marne, ou encore au Belvédère, à Maastricht. Cette étude a par ailleurs mis en évidence la nécessité de méthodes de fouille et d’enregistrement adaptées aux recherches préhistoriques en plaine alluviale. À ce titre, l’expérience acquise sur le site Saint-Lambert par l’équipe d’In Situ s’avère particulièrement précieuse.

Pour en savoir plus

van der Sloot P., 2006. Site Saint-Lambert à Liège, secteur Tivoli. Nature et intégrité des ensembles préhistoriques mis au jour dans les dépôts de comblement d’un bras fossile de la Légia : bilan préliminaire, Notæ Præhistoricæ, 26, pp. 189-197.

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