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Mise en valeur de l’espace archéologique Saint-Lambert à Liège
Contribution à l’étude, la conservation et la présentation au public des vestiges

Neuf mille ans d’histoire

Baptisé Archéoforum, l'espace archéologique situé sous la place Saint-Lambert, au cœur de la cité liégeoise, résulte d'une histoire multimillénaire scandée par des événements de nature différente mais tous déterminants. Aux occupations préhistoriques attestées dès le VIIe millénaire av. J.-C. succéda un établissement romain à la base d'une série d'implantations de type rural (entre le Ie siècle av. J.-C. et le V siècle). Le VIIe siècle vit la naissance de la ville marquée par la présence d'un petit bâtiment mérovingien supposé à fonction baptismale, puis d'une première église à double chœurs à l'origine des différents édifices religieux qui se succédèrent ensuite. En 1793, la cathédrale gothique, érigée sur les ruines de la précédente, incendiée au XIIe siècle, fut détruite par les révolutionnaires liégeois. Plus de 35 années furent nécessaires pour que disparaissent les derniers lambeaux du formidable édifice. Au début du XIXe siècle, le site fut nivelé et la place Saint-Lambert créée.

En 1907, des recherches archéologiques furent réalisées préalablement à l’implantation d’une grosse conduite de gaz. Elle donnèrent lieu, en 1910, à la création d’une « crypte archéologique » accessible au public. Entre 1977 et 1984, une campagne de fouilles de prévention fut menée. Elle connut l’extraction de cinq éléments de maçonneries, jugés hautement représentatifs, le site étant alors voué à une destruction totale. Le projet d’implantation de parkings et d’un réseau d’autobus souterrains avorta. En 1990, un ultime sauvetage archéologique fut entrepris parallèlement à la reprise des travaux d’urbanisation. La construction d’un parking souterrain surmonté d’une gare d’autobus devait détruire l’essentiel des vestiges. Après de longues polémiques, le site fut partiellement sauvé. Enfermé pour une part dans l’enveloppe de béton qui devait abriter le parking souterrain finalement réduit de moitié, l’espace archéologique préservé correspond grosso modo à l’emprise de la cathédrale gothique.

Le projet Archéoforum vit le jour en 1995, à l’issue des fouilles. En 1997, deux ateliers d’architecture commencèrent à travailler à l’aménagement du sous-sol archéologique en vue de le rendre accessible au public et aux chercheurs. Conjointement, un ambitieux programme d’étude des données recueillies au cours de la campagne de fouilles 1990-1995 fut mis sur pied. En 2000, une étude pluridisciplinaire de conservation des vestiges fut lancée. Le 23 novembre 2003, au terme de bien des errements, l’Archéoforum fut inauguré.

In Situ, pour sa part, a été associé aux études archéologiques et de conservation. Le centre de recherche a également proposé des orientations pour la présentation du site au public. Il a enfin réalisé les interventions archéologiques et conservatoires nécessitées par la mise en valeur du site et assuré le suivi du chantier d’aménagement.

Un indispensable traitement de la documentation

De la campagne de fouilles 1990-1995 est issue une énorme masse de données enregistrée toujours dans la précipitation et selon des modes variables. Préalablement à toute étude, un indispensable travail d’organisation de cette documentation était à réaliser de façon à la rendre exploitable. L’équipe d’In Situ y participa. Outre un travail d’inventaire et de classement, des bases de données furent créées pour permettrent un accès aisé aux innombrables artéfacts collectés pendant cinq années, à la multitude d’observations notées jour après jour dans les carnets de fouilles, aux milliers de diapositives et aux centaines de relevés en plan et en coupe réalisés sur le terrain. Ces relevés firent par ailleurs l’objet d’un traitement par DAO ; celui-ci contribua à la réalisation du premier plan complet et informatisé des découvertes faites depuis le début du XXe siècle. Le travail accompli a permis une première exploitation de la documentation dans la perspective du lancement d’études thématiques. Dans cette même perspective, un relevé exhaustif des vestiges accessibles au sein de l’Archéoforum fut réalisé. L’ensemble a largement contribué à faciliter les recherches entreprises depuis lors.

Des recherches interdisciplinaires pointues

Outre la publication d’un ouvrage proposant un ensemble d’informations et de réflexions sur le passé archéologique du site Saint-Lambert confronté à on évolution urbanistique, l’équipe d’In Situ a réalisé des recherches pointues portant sur les occupations préhistoriques des lieux. Depuis la publication des travaux de l’Université de Liège dans les années 1980, la masse d’informations relatives à ces occupations a été considérablement enrichie. L’étude porta, pour l’essentiel, sur le matériel issu des dernières fouilles de sauvetage menées dans un contexte particulièrement difficile. Au départ, elle paraissait très hasardeuse tant les données disponibles étaient lacunaires. Pourtant, grâce à un retour sur le terrain pour la réalisation de sondages d’expertise et à la mise en œuvre d’une étude interdisciplinaire, des progrès importants furent accomplis. Les plus significatifs résident incontestablement en l’établissement d’une stratigraphie précise des occupations mésolithiques et rubanées, en relation avec les contextes paléoenvironnementaux. De façon à faire connaître ces résultats, des publications furent réalisées : des conférences et des visites guidées furent organisées sur le site.

Une ambitieuse étude de conservation

Sur la base de l’identification des dégradations dont furent victimes les vestiges et de l’appréhension des mécanismes concomitants qui en furent responsables, une étude de conservation fut lancée avant l’ouverture du site au public. Coordonnée par l’équipe d’in Situ, cette étude mobilisa des spécialistes en climatologie, hydrogéologie, biologie, stabilité et maçonneries anciennes. Elle permit de comprendre la dynamique complexe qui régit le « milieu ». Au terme de cette étude, l’équipe de recherche dressa un organigramme circonstancié et hiérarchisé des interventions conservatoires directes et indirectes à réaliser afin d’enrayer les dégradations identifiées. Elle assura également la mise en œuvre de ces interventions.

Un concept de mise en valeur respectueux

L’équipe d’In Situ a proposé des orientations pour la présentation du site au public. Le respect de l’authenticité et de l’intégrité du site constituaient deux préoccupations primordiales. Le défi était de concilier une interprétation rigoureuse des vestiges archéologiques, un dispositif de présentation qui rendent leur compréhension aisée et renforcent leur pouvoir attractif, des modalités de visite qui assurent leur bonne conservation. Selon une approche intégrée, l’équipe de recherche élabora un concept de mise en valeur fondé sur les principes suivant :

- La réversibilité des aménagements permettant de restituer le site dans son état originel,
- La flexibilité des équipements muséographique permettant les adaptations induites par la poursuite des recherches et la prise en compte de leurs résultats,
- La pluralité des programmes permettant à des moments différents des parcours différentiés pour des publics variés,
- L’économie de moyens et la gestion du changement permettant de maximiser les chances de pérennité de l’équipement culturel.

Ce concept fut présenté aux citoyens à l’occasion de visites guidées et de panels – rassemblant diverses catégories de public – organisés en vue d’en évaluer les qualités et les défauts. Il n’a finalement pas été retenu pour la mise en valeur du site.

De « délicates » interventions de terrain

Tout au long du chantier d’aménagement du site et souvent dans des conditions difficiles, l’équipe d’In Situ assura la surveillance et la guidance des travaux afin de réduire au maximum les dégradations du substrat archéologique. Elle mena conjointement les fouilles de prévention induites par l’implantation des équipements muséographiques et exploita les données récoltées de façon à en proposer une première interprétation. Elle réalisa, enfin, des interventions relatives à la protection des vestiges ainsi qu’à l’entretien du site.

Pour en savoir plus

Warnotte A. & Fohn M., 2004. Mise en valeur des sites archéologiques : interrogations et réflexions. In : Beltrán de Herida J.  & Fernández del Moral I. (coord.), Actes du II congrès international sobre museïtzació de jaciments archeològics, nous conceptes i estratègies de gestió i communicació, Barcelona, 7, 8 i 9 d'octubre de 2002, Barcelona, pp. 26-31.

http://w10.bcn.es

van der Sloot P., Damblon F., Debenham N., Fechner K., Gob A., Haesaerts P., Hauzeur A., Jadin I., Léotard J.-M., Remacle M. & Vanmontfort B., 2003. Le Mésolithique et le Néolithique du site Saint-Lambert à Liège dans leur contexte chronologique, géologique et environnemental. Synthèse des données et acquis récents, Notæ Præhistoricæ, 23, pp. 79-104.

http://www.naturalsciences.be

Warnotte A. & Léotard J.-M. (dir.), 2000. Liège, Saint-Lambert 1990-1995, 1, Traces - Sens - Identité, Namur (Études et Documents, Archéologie 6), 272 p.

http://194.88.102.133/publications.html