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Diagnostic archéologique préalable à l’implantation d’un complexe commercial à Liège
Intervention réalisée pour le compte du Service de l'Archéologie du Ministère de la Région wallonne en province de Liège

Au cœur de la cité liégeoise

Les vestiges préservés sous la place Saint-Lambert – espace occupé jusqu’au XVIIIe siècle par la cathédrale gothique du même nom – témoignent de l’occupation des lieux depuis la Préhistoire. Bordant la place au sud, le site à explorer préalablement à l’implantation d’un vaste complexe commercial – Les Galeries Saint-Lambert – laissait présager un important potentiel archéologique. Le Service de l’Archéologie du Ministère de la Région wallonne en Province de Liège chargea In Situ d’évaluer ce potentiel de façon à déterminer la nécessité d’entreprendre des fouilles de prévention et, le cas échéant, l’ampleur des surfaces à explorer. Le chantier prévoyait la démolition ou la transformation des bâtiments de l’ancien « Grand Bazar » ; les travaux en sous-sol étaient limités à des secteurs bien circonscrits. L’équipe d’In Situ est intervenue conformément aux protocoles d’accord approuvés par les différentes parties.

Une découverte digne d’intérêt

Les sondages réalisés en sous-sol mirent en évidence de fortes perturbations liées à l’implantation d’infrastructures récentes. Il ne fut pas jugé nécessaire de pousser les investigations plus avant. En revanche, les décapages pratiqués sur le bâti révélèrent la présence de vestiges d’une façade ancienne préservée sur deux niveaux au sein de maçonneries en brique. L’intérêt de la découverte fut d’emblée reconnu. Outre leur relative ampleur, les fragments de la façade furent attribués au XVIe siècle sur la base des corrélations stylistiques établies entre les baies à colonnettes préservées et celles de la façade arrière et de la cour principale du Palais des Princes-Évêque, situé à deux pas. L’étude historique révéla que ces fragments appartenaient à une maison canoniale sise sur les immunités de la cathédrale Saint-Lambert. Les « comptes du grenier » de la cathédrale recensent les chanoines qui se sont succédé dans cette maison entre la fin du Moyen Âge et la fin du XVIIIe siècle.

Une étude interdisciplinaire éclairante

Il fut alors question d’une intégration partielle de ces vestiges au sein du nouveau complexe commercial, à proximité de leur emplacement originel. Dans cette perspective, la décision de démonter soigneusement la façade fut prise. À la demande du Service de l’Archéologie et préalablement à ce démontage, les archéologues d’In Situ mirent sur pied une étude interdisciplinaire. L’ensemble des opérations fut organisé de la manière suivante :

- Réalisation de décapages manuels destinés à mettre au jour la totalité des fragments préservés,
- Relevé exhaustif de l’ensemble architectural et enregistrement des données archéologiques,
- Études stratigraphiques des couches de finition polychromes préservées à plusieurs endroits,
- Étude typométrique des marques de taille,
- Analyse dendrochronologique de cinq arrières-linteaux en chêne,
- Étude des sources documentaires,
- Préparation et suivi du démontage partiel de la façade,
- Contribution à la mise en valeur,
- Essai de restitution de l’ensemble architectural,
- Rédaction d’un rapport de synthèse faisant état des résultats des recherches menées et de leur apport à une meilleure connaissance de l’histoire de la cité liégeoise

Après bien des tergiversations, le maître de l’ouvrage prit la décision de ne pas intégrer les baies démontées dans les Galeries Saint-Lambert. Les pierres furent entreposées dans un bâtiment du Ministère de la Région wallonne dans l’attente d’une autre affectation.

Pour en savoir plus

Remacle M., 2004. Une façade de style « gothico-renaissance » rue Maillard, Chroniques d’Archéologie et d’Histoire du Pays de Liège n° 5, tome II, janvier-mars, pp. 51-57.